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Un dimanche aux Buttes-Chaumont : mémoire d'un tableau

  • Photo du rédacteur: Aida Copra
    Aida Copra
  • 28 août 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 sept. 2025

Cette histoire peut sembler courte, mais c’est ma première “histoire de tableau”. Peut-être qu’apprendre à d-écrire une toile, c’est aussi apprendre à regarder autrement et à réveiller sa mémoire autrement…



Au premier plan, des fleurs rouges. Plus loin, des personnages : une fille en robe blanche avec une amie, d’autres assis par deux ou seuls, absorbés dans leurs activités, comme pour échapper au quotidien ou savourer la nature — l’eau, les arbres, le ciel. Certains discutent près du lac, d’autres observent en silence. Deux personnes isolées occupent des bancs, un troisième reste vide, attendant peut-être quelqu’un…



Le lieu n’est pas facile à deviner. Même moi, qui connais cet endroit depuis des années, si je ne l’avais vu qu’à travers ce tableau, je ne saurais pas dire où il se trouve. Campagne ? Ville ?


Un tableau peut retenir l’attention par un détail que seul un regard attentif saura remarquer. Dans un roman d’Ernesto Sabato, le personnage principal raconte qu’une femme, face à son tableau, a remarqué une scène dans le lointain visible à travers une petite fenêtre — un détail essentiel pour le peintre, ignoré de tous les autres.



À mon tour, j’ai choisi de laisser dans ce tableau un élément volontairement flou, peut-être à peine perceptible : une sorte d’ouverture entre les arbres du fond. Est-ce un passage ? Un chemin qui mène ailleurs ?


Chaque tableau porte son histoire : celle de ses personnages, de ses couleurs, de ses formes. Celui-ci, je l’ai appelé Buttes Fleuries. Je commencerai par l’histoire réelle de la naissance de ce tableau, liée à ma propre mémoire. L’autre histoire viendra plus tard : une histoire inventée, née de l’imagination, qui pourra changer, se modifier, se réinventer selon le regard de chacun.


Paris et le parc des Buttes-Chaumont. Si on s’y force, peut-être pourrait-on le reconnaître : le lac, les arbres, les bancs ou même les gens… Ainsi, le titre Buttes Fleuries pourrait être assez suggestif. C’était un dimanche de septembre, encore chaud. Je me promenais avec mon copain, qui vivait à Marseille tandis que moi j’habitais Paris. Quand il venait, nous profitions souvent de nos moments ensemble pour explorer ou redécouvrir la ville. Devant un massif de fleurs, il m’a dit : « Tu pourrais dessiner ça. » Au début ce n’était pas évident, mais…


Quelques jours plus tôt, au Musée d’Orsay, j’avais vu un tableau de RenoirPont du chemin de fer à Chatou, aussi appelé Les Marronniers roses. Et ce tableau m’a inspirée à saisir ce cadre, capturé sur l’instant aux Buttes-Chaumont, à Paris. Ce n’est pas une reproduction fidèle, même si l’on pourrait dire qu’il garde quelque chose de réaliste. Je l’ai adapté à ma manière, en modifiant certains détails, en transformant d’autres, jusqu’à ce qu’il devienne Buttes Fleuries.


J’ai passé plusieurs mois sur ce tableau.



Le ciel, d’abord, a été mon plus grand défi. Toujours mouvant, changeant de forme à chaque regard… Même figé sur une photo, il garde quelque chose d’insaisissable.



Je l’ai peint non pas avec une méthode précise, mais avec le sentiment du moment, en laissant le geste me guider. Peut-être est-ce ainsi que naît ma propre technique : une manière intuitive, que je ne sais pas encore nommer.




Étrangement, les plus petits détails étaient les plus faciles à dessiner. Je ne dirais jamais que je suis patiente à ce point, mais en travaillant sur une autre toile, j’ai compris que les pinceaux extrêmement fins ne me dérangent pas. Ils exigent une précision infaillible des gestes, une immobilité presque absolue.


Puis les fleurs — que j’adore peindre, un autre grand défi, dont la vivacité reste difficile à saisir. Mais c’était beau de les voir naître dans le tableau, comme si elles commençaient vraiment à fleurir.



En avançant, j’ai compris qu’on peint toujours les couleurs qu’on aime voir, porter, habiter. Un jour, en ouvrant mon armoire, j’ai remarqué une robe Rouje, aux motifs presque identiques à ceux de mes fleurs peintes…





Cette histoire peut sembler courte, mais c’est ma première “histoire de tableau”. Peut-être qu’apprendre à d-écrire une toile, c’est aussi apprendre à regarder autrement et à réveiller sa mémoire autrement…



Après avoir pris la photo ce jour-là, mon copain et moi nous étions allongés dans l’herbe des Buttes Chaumont. Nous parlions, buvions une bière, observions les passants, nous nous demandions si nous resterions longtemps ensemble. Cette scène-là n’apparaît pas dans le tableau.


Nous, nous étions dans un autre cadre, dans un autre instant fugace et éphémère — mais qui, pourtant, résiste toujours au temps. Figé dans tout son mouvement, il demeure, comme un tableau qui ne cesse de raconter des histoires, années après années, et qui évolue selon le regard, selon les circonstances, selon les lieux…







Aida Copra

Buttes Fleuries, 2025 (Acrylique sur toile, 50x60 cm)


 
 
 

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