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Alicudi : regards sur une île

  • Photo du rédacteur: Aida Copra
    Aida Copra
  • 10 mars
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Ainsi est Alicudi, il me semble : un morceau de terre, petit, exclusif, peu habité, que l’on regarde à travers un cadre qui ne peut jamais vraiment le contenir, mais qui renvoie toujours au-delà de la réalité concrète...




Dans un petit bateau qui part de Palerme, où l’on peut sentir l’odeur du café italien prêt à accueillir les nouveaux voyageurs, à travers ses petites fenêtres aux rideaux anciens, on aperçoit à peine une tache sur la mer. Avec un caractère rebelle, qui la fait s’isoler de ses compagnons plus grands, Alicudi semble déjà montrer toute sa fierté : unique et la moins habitée, comme si elle choisissait elle-même ses habitants, ceux qui sont prêts à ne pas la déranger, à ne pas toucher à ses habitudes, à ses chemins, à ses humeurs, parfois douces, parfois capricieuses.



Mais tout cela, on le comprend un peu plus tard, une fois qu’on pose les pieds sur cette île, sûrement l’une des plus particulières du monde. Pour l’instant, depuis ce petit bateau, on observe une silhouette sur la mer et on se demande ce qui nous attend là-bas


Le choix d’aller à Alicudi, l’une des sept îles des îles Éoliennes (en italien Isole Eolie), cet archipel volcanique situé au nord de la Sicile, dans la mer Tyrrhénienne, est venu presque par hasard. On cherchait une maison de vacances en Sicile et on est tombé sur l’annonce d’une maison complètement isolée, rustique, blanche, avec une vue incroyable… On s’est un peu renseigné : on a vu qu’il y avait des mules, que les restaurants se trouvaient dans les maisons des habitants locaux. En fait, ce ne sont pas vraiment des restaurants : les habitants organisent des dîners payants, car sur l’île il n’y a qu’un seul restaurant-bar près du petit port. Et c’était tout… donc ce premier regard à travers les fenêtres du bateau était complètement innocent.


En arrivant sur l’île, on ne peut pas ne pas remarquer immédiatement les mules qui attendent près du port chargées de paniers ; en fait, il semble que ce soient elles qui vous souhaitent la bienvenue. Ce qui n’est pas surprenant si l’on prend en compte que, sans les mules, tout le fonctionnement de l’île serait presque impossible. Pas de voiture, aucun autre type de transport n’existe, sauf ces animaux qui nous rappellent qu’il existe encore des endroits où notre existence dépend de ceux que l’on n’apprécie pas toujours à leur juste valeur.



En rigolant, j’ai dit à mon copain que je préférais porter moi-même ma valise parce que j’avais de la peine pour les mules qui doivent porter un fardeau si lourd… Mais bientôt, je vais comprendre que les distances sur l’île se mesurent en marches (escaliers) et que notre maison se trouve à plus de 700 marches du port. D’ailleurs, on estime qu’il y a entre 1 500 et 2 000 marches entre le port et les habitations les plus hautes. Une fois les marches montées, tandis que les mules portent nos valises et les courses du seul supermarché du port, on découvre une maison suspendue au-dessus de la mer. Dès le premier regard, on a le sentiment d’être ailleurs.



La vie y est simple : la pêche, les promenades (souvent accompagnées, au loin, de chèvres sauvages), la plage, les conversations dans le bar, et tout cela parmi les gigantesques cactus qui dessinent le paysage d’Alicudi. J’avais ramené mes toiles et mes pinceaux pour essayer de capturer une partie de cette réalité que les mots ont du mal à saisir. Chaque endroit devient un cadre unique ; le choix était difficile, mais j’en ai retenu deux que j’ai contemplés le plus longtemps.



Le premier est celui du portail par lequel on sort de la terrasse de la maison ; le second est la vue depuis la chambre qui s’ouvre sur cette même terrasse. On passait beaucoup de temps là-haut à lire, dessiner, manger, écouter de la musique, ou simplement observer les changements du temps, comme si l’île révélait peu à peu ses humeurs : parfois la mer et le ciel semblaient complètement unis ; d’autres fois la pluie et les rayons du soleil créaient leurs propres tableaux ; le soir, au loin, apparaissaient les lumières de Palerme ; et certaines nuits la lune était si brillante qu’elle semblait presque être le soleil.




Le portail que j’ai dessiné encadrait également les autres compagnons d’Alicudi : Filicudi, Salina et Lipari.



Sur le côté gauche, on voit le laurier-rose, le toit de la terrasse et les colonnes en béton blanc dont est construite toute la maison. On dirait une porte qui mène vers un petit paradis caché, un lieu qui te déconnecte du monde. De là-haut, on peut observer le port et les autres habitations, mais en même temps on a le sentiment d’être dans un lieu à part, comme sur un petit bateau qui flotte au milieu de la mer, presque sans horizon. L’autre cadre était celui de la chaise rouge, qui quittait rarement sa place et que l’on pouvait voir depuis le lit de la chambre quand on regardait dehors. Elle donnait presque l’impression d’attendre quelqu’un…




Avec ces deux tableaux que j’ai réalisés, j’ai essayé de capturer une partie de cet univers, d’attraper un fragment de mémoire, et de le fixer à jamais. L’un montre le regard extérieur, celui qui mène hors de la maison vers les chemins d’Alicudi ; l’autre est un regard intérieur, plus limité, mais qui s’ouvre pourtant sur l’immensité de la mer et du ciel. C’est peut-être cela, Alicudi : un morceau de terre, petit, exclusif, peu habité, que l’on regarde à travers un cadre qui ne peut jamais vraiment le contenir, mais qui renvoie toujours au-delà de la réalité concrète.


Il y a un autre tableau d’Alicudi, peut-être complètement opposé à ces cadres qui se projettent vers l'infini, et que je n’ai pas dessiné : c’est le tableau de ses habitants. Il semble fermé, inaccessible, peut-être même incompréhensible, là où notre imagination semble presque s’arrêter. Mais une fois qu’on en découvre une petite partie, on s’aperçoit qu’il est aussi immense, composé de récits et de légendes, si fascinants qu’on a vraiment l’impression de se trouver dans un endroit où le temps semble s’écouler différemment.

Le dernier soir, nous sommes allés dîner dans la maison d’un pêcheur local. Nous nous sommes retrouvés à table avec d’autres visiteurs d’Alicudi, et la famille qui nous accueillait mangeait avec nous. À ce moment-là, le vieux pêcheur, en trempant ses pâtes dans la sauce de poisson et en buvant son vin rouge, nous a confirmé que la légende du pain hallucinogène était vraie.



Un bateau aurait apporté sur l’île du pain contaminé par un champignon appelé l’ergot. Les habitants l’ont mangé, et peu après ils ont commencé à avoir d’étranges hallucinations. Le pêcheur nous racontait qu’ils voyaient des créatures incroyables : des animaux, des sirènes qui apparaissaient sur la plage et dansaient dans la nuit, comme si, l’espace d’un instant, l’île s’ouvrait sur un autre monde.


Alicudi, toujours rebelle, comme si elle refusait presque le monde extérieur, t’offre pourtant son propre univers : caché, isolé, unique, créant son propre mythe dans sa solitude. Peut-être est-ce ce type de solitude que j’ai essayé de transmettre dans mes toiles : une solitude qui, par des images simples, invite le regard à aller au-delà du temps, vers l’inconnu. C’est d’ailleurs ce sentiment que j’ai eu en m’approchant en bateau d’Alicudi.




Aida Copra


Alicudi, 2025 (Acrylique sur toile, 20 x 20 cm)

La chambre, 2025 (Acrylique sur toile, 90 x 70 cm)



 
 
 

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